Cercle Linguistique d\'Aix-en-Provence

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Séminaires 2008-2009 : Les cas


Christian Touratier, Les grandes théories des cas de la linguistique moderne

Christian Touratier

 

Les grandes théories des cas de la linguistique moderne

 

 

Résumé

 

 

 

Les linguistes comparatistes modernes du XIXe siècle, dits « Junggrammatiker » ou « néo-grammairiens », cherchèrent à rattacher tous les différents emplois de chaque cas de chaque langue indo-européenne à ce que Delbrück a appelé un « faisceau de relations »,  en y retrouvant les concepts casuels et donc les cas reconstruits qui étaient postulés pour l’indo-européen, lesquels étaient généralement très proches des cas du sanskrit.  

Les linguistes généralistes modernes du XXe siècle, qui se qualifiaient de « structuralistes » ne s’intéressaient pas à chacun des cas pris isolément, mais au système de valeurs que forment ces cas.

Hjelmslev propose une théorie générale où les cas sont des unités significatives qui ne peuvent donc avoir qu’un seul signifié et forment un système sublogique d’oppositions significatives, où « il n’y a pas opposition entre A et non-A, il n’y a que des oppositions entre A d’un côté et A + non-A de l’autre. ». Il entend formuler une théorie générale « à la fois localiste et structurale ». Selon lui, un système casuel a au moins une et au plus trois dimensions, les trois dimensions possibles étant « 1° direction (rapprochement-éloignement), 2° cohérence-incohérence, 3° subjectivité-objectivité ».

Jakobson s’intéresse avant tout au russe, qu’il entend décrire de façon complète, ce qui, pense-t-il, devrait faire progresser la théorie générale des cas. Il a les mêmes principes structuralistes que Hjelmslev, et lui reproche même parfois de ne pas bien les mettre en œuvre. Il récapitule à l’aide du tableau suivant « le système général des oppositions casuelles russes, où à l’intérieur de chaque opposition, le cas marqué se trouve soit à droite soit en dessous :

« (Nominatif →  Accusatif) → (Génitif I → Génitif II)

      ↓                     ↓                     ↓                  ↓

(Instrumental → Datif)  →   (Locatif I → Locatif II) » (Jakobson, 1936, 281).

Kuryłowicz élabore, lui, une théorie des cas de l’indo-européen. Il dissocie les cas prépositionnels des cas seuls, ces derniers étant des morphèmes, alors que le cas est un « sous-morphème », comme l’appelle Kuryłowicz, quand il est « régi » par une préposition. Il reprend la distinction traditionnelle entre ‘cas grammatical’ et ‘cas concret’, qu’il fonde sur  la différence entre fonctions syntaxiques et fonctions sémantiques, et admet que, « mis à part le vocatif et le nominatif, toutes les formes casuelles ont les deux sortes de fonctions, la fonction syntaxique étant primairepour les cas ‘grammaticaux’, et secondaire pour les cas ‘concrets’, et la fonction sémantique étant, en revanche, primaire pour le cas ‘concrets’ et secondaire pour les cas ‘grammaticaux’ » (d’après Kuryłowicz, 1964, 179).

Jean Perrot propose une méthodologie fonctionnaliste. Il entend fonder la théorie des cas non pas sur la morphologie, des cas, mais sur leur fonctionnement syntagmatique et paradigmatique. Par exemple l’accusatif de eo Romam « je vais à Rome », ne représente pas la même unité fonctionnelle que celui de amo Romam « J’aime Rome », parce qu’il commute avec eo in Galliam, in siluam, in portum, etc. alors qu’il est impossible de dire amo *in Galliam, *in siluam, *in portum. Donc techniquement parlant, les deux accusatifs Romam ne représentent pas le même morphème, le premier est une des variantes du morphème relationnel de signifié « dans », et le second est le signifiant du morphème fonctionnel signifiant « Complément de verbe ».

La « case grammar », dans le courant générativiste, s’intéresse plus au sens que Noam Chomsky et postule un niveau plus profond que la structure profonde de la Grammaire générative, niveau qui est avant tout sémantique. Ainsi Fillmore propose une liste de six cas sémantiques:

l’Agentif (A), l’Instrumental (I), le Datif (D), le Factitif (F), le Locatif (L), l’objectif (O).

Ces cas, malgré parfois une identité de nom, ne doivent pas « être interprétés comme correspondant aux relations de structure superficielle » des cas traditionnels, comme nominatif = sujet, ou accusatif = objet.

 Il cherche à formuler un système de règles qui assigne la fonction syntaxique superficielle aux constituants sémantiques du verbe. Par exemple, la fonction syntaxique de  sujet, pour des verbes comme « ouvrir », est fixée par la règle suivante :

« S’il y a un A, il devient le sujet ; sinon, s’il y a un I, il devient le sujet ; sinon, le sujet est le O » (33)

ce qui est formulable en disant qu’il s’agit d’un verbe du type : 

+ [—— O (I) (A)]


29/03/2013
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Christian Boudignon, Les cas grecs selon la science allemande

Christian BOUDIGNON

 

Les cas grecs anciens dans la science allemande (1835-1928)

 

 

Résumé

 

 

Quelles sont les étapes de l’élaboration de la théorie des cas (Kasuslehre) de l’Ausführliche Grammatik der griechischen Sprache de Raphaël Kühner, dont les trois versions magistrales s’étalent de 1835 à 1904 ? D’abord Kühner défend en 1835 une conception matérialiste, localiste, des cas grecs (génitif, datif, accusatif) qui décriraient tout d’abord des situations locales, et par extension des situations temporelles et des relations abstraites. Lors de la seconde version (1869-1871), Kühner fait volte face, et soutient une position formelle : les cas ne sont plus que les marqueurs de relations syntaxiques. Lors de la révision posthume de sa syntaxe (1897-1904), la notion de « cas mixte » (Mischkasus), est introduite pour décrire la fusion des cas indo-européens en grec ancien. Il en va ainsi de l’ablatif qui se confond avec le génitif pur, ou du locatif et de l’instrumental qui se fondent dans le datif. Aucune de ces présentations n’est pleinement satisfaisante. Dans les Vorlesungen über Syntax (1926 et 1928) de Jakob Wackernagel, on trouve enfin une description qui essaie de rendre compte de la logique de la langue, dans une perspective diachronique et synchronique. Wackernagel essaie d’expliquer la logique du « syncrétisme » des cas et en même temps de s’appuyer sur l’élaboration de la grammaire grecque pour comprendre comment les Grecs de l’Antiquité eux-mêmes comprenaient la notion de cas.


29/03/2013
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Robert Roudet, Résumé et article : L’accusatif d’objet et ses formes concurrentes sur la base du russe et de l’allemand

Robert Roudet

 

L’accusatif d’objet et ses formes concurrentes sur la base du russe et de l’allemand

 

 

Résumé

 

 

On observe que, dans certains schémas, on peut avoir une construction avec un objet accusatif ou un objet à un cas oblique. Ceci est très net en russe avec la possibilité de concurrence de brosit’ kamen’ (« jeter une pierre », objet accusatif) et brosit’ kamnem’ (« jeter une pierre », objet instrumental). Il s’agit là d’un phénomène indo-européen qui se retrouve également en allemand : Steine / mit Steinen werfen. Le français n’a guère d’équivalent.

Le but de cette étude est de déterminer l’extension de ce phénomène, c'est-à-dire de préciser quels verbes peuvent générer cette double construction ;  il est aussi de voir dans quelle mesure on est en droit de parler de synonymie. Enfin on notera au passage que l’allemand connaît un développement particulier de ce phénomène, avec des constructions non instrumentales qui représentent malgré tout également un phénomène d’objet (accusatif) rétrogradé (ein Haus bauen, an einem Haus bauen).

 

 

Lire l'article : Robert-Roudet---CLAIX.pdf


29/03/2013
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Françoise Douay, Résumé : Morphologie ou sémantique ? La querelle des cas dans la France des Lumières

Françoise DOUAY

 

Morphologie ou sémantique ? La querelle des cas dans la France des Lumières

 

 

Résumé

 

Dans le sillage de Jean-Claude Chevalier 1968 (Histoire de la syntaxe. Naissance de la notion de complément dans le grammaire française (1530-1750), Droz) et de Sylvain Auroux 1994 (La révolution technologique de la grammatisation, Mardaga), j’admets qu’au XVIIIe siècle,  le mouvement dit de la Grammaire Générale et Raisonnée a remplacé, dans la description des langues du monde, le modèle et la métalangue de la grammaire latine par une langue-pivot plus abstraite qui conserve certaines notions générales anciennes (Nom, Verbe, Préposition...) et en rejette d’autres –notamment Cas- au profit de notions nouvelles, dont certaines -Ordre des mots, Complément- se sont, en grammaire française, naturalisées.

En 1660, dans leur Grammaire Générale et raisonnée, les MM. de Port-Royal, Antoine Arnaud et Claude Lancelot, usent encore des Cas pour décrire simultanément les « manières différentes de signifier » et les « différentes inflexions » des Noms, y compris français : « Nominatif Un crime si horrible mérite la mort. Accusatif : Il a commis un crime horrible. Ablatif : Il est puni pour un crimehorrible. Datif : Il a eu recours à un crime horrible. Génitif : Il est coupable d’un crime horrible. ». En 1799 au contraire, dans ses Principes de grammaire générale, Mis à la portée des enfans, et propres à servir à l’étude de toutes les langues, Antoine-Isaac Silvestre de Sacy ne parle, au niveau le plus abstrait, que de « rapports entre un terme antécédent et un terme conséquent, aussi appelé complément », rapports qui peuvent être de type NV, NN, NAdj ou PP, et dont « l’exposant », conjonction pour PP, préposition, ordre des mots ou variation dans la terminaison, ou quelque mixte de ces procédés, varie d’une langue à l’autre ou d’un secteur à l’autre dans la même langue.

Si Dumarsais, dans les articles Ablatif vs Datif, Cas, Construction vs Syntaxe, de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751-1756) est l’artisan le plus résolu de l’abandon du Cas au profit du Complément dans la description de la langue française, ce mouvement général ne va pas sans remous, regrets et distinguos, comme je le montrerai à partir du parallèle des Cas du Nom et des Modes du Verbe dans la Grammaire raisonnée de Mme Du Châtelet, ainsi que dans les « Tables des pronoms, conjoints et disjoints » établies par le Père Buffier dans sa Grammaire française sur un plan nouveau de 1709, avant d’aborder, si j’en ai le temps, les épineuses questions soulevées par Beauzée lorsqu’il examine les « cas » et les « affixes » de l’arménien, du lapon et du péruvien.


29/03/2013
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Charles Zaremba, Résumé : La question des cas en hongrois

Charles Zaremba

 

La question des cas en hongrois

 

 

Résumé

 

De même que le finnois abordé lors de la dernière séance du CLAIX, le hongrois a la réputation de posséder beaucoup de cas, leur nombre variant entre 21 et 25 selon les auteurs.

Après avoir précisé la notion de cas morphologique, opératoire dans le domaine slave et plus généralement indo-européen, et après une description succincte de la morphologie du hongrois, on essaiera de voir si le cas ainsi défini a une réalité dans les faits de cette langue, ou s’il s’agit de l’application d’un modèle préconçu. Le hongrois peut-il être décrit comme une langue sans cas ?


29/03/2013
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