Cercle Linguistique d\'Aix-en-Provence

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Romana Bardy, Le futur dans un système verbal asymétrique (roumain) – De l'aspect au temps, du temps à la modalité


Romana Bardy, Résumé : Le futur dans un système verbal asymétrique (roumain) – De l'aspect au temps, du temps à la modalité

 

Romana TIMOC-BARDY

 

Le futur dans un système verbal asymétrique (roumain) – De l’aspect au temps, du temps à la modalité

 

Résumé

 

Le système verbal du roumain est fondé sur une distinction majeure : événements ayant déjà pris place dans le temps (présents ou passés), rendus par des formes synthétiques (présent, imparfait, passé simple, plus-que-parfait) ; et événements n’ayant pas encore pris place dans le temps, rendus par des formes analytiques (infinitif, subjonctif, futur, conditionnel). Ces dernières véhiculent du « virtuel », alors que le présent et le passé véhiculent du « réel ». L’opposition, en représentation linguistique, entre les deux types de temps est à la base d’un système de formes fortement asymétrique.

Le futur roumain est exprimé par quatre paradigmes analytiques, communs à tous les verbes, et représentant deux types de construction : futurs avec l’infinitif (va veni, a veni, il viendra) ; futurs avec le subjonctif (o să vină, are să vină, il viendra). Ils se caractérisent par la forte réduction formelle des auxiliaires (avoir, vouloir), par le degré poussé de leur grammaticalisation et par la forte cohésion des syntagmes. Le nombre élevé des constructions de futur s’accroît encore si l’on tient compte de quelques périphrases anciennes relevant de typologies analogues. L’abondance des paradigmes ainsi que les datations réalisées semblent indiquer qu’une activité langagière créative de l’expression du futur s’est poursuivie en roumain avec effervescence à travers les siècles. C’est là une caractéristique exclusive du domaine du futur, puisque de telles reconstructions n’ont pas touché l’expression du présent ni celle du passé.

Du point de vue de leur valeur temporelle, les quatre paradigmes peuvent être considérés comme équivalents, la distinction « futur proche » étant étrangère au roumain. La distinction entre les diverses formes de futur s’établit surtout sur un axe modal, allant du + certain vers le – certain. On remarque le glissement diachronique de certains futurs vers le sens modal qui, dans certains cas, a pris le pas sur la valeur temporelle. Par ailleurs, certaines périphrases futures, initialement à valeur durative, se sont spécialisées en diachronie pour l’expression de la conjecture. Un bel exemple de glissement est celui du conditionnel, anciennement futur (le futur généralement roman issu de lat. habeo + infinitif), qui, après être passé par l’étape « futur incertain », a fini par se spécialiser comme expression de l’hypothèse, remplaçant l’héritier du subjonctif parfait latin, qui avait assuré cette expression jusqu’aux XVIe – XVIIe siècles.

            Les débuts des périphrases de futur sont de nature aspectuelle. L’auxiliaire y occupe une « place » fictive, mentale, insérée entre le support sujet et le procès, et « disloque » ainsi le procès pour le rejeter dans un ultérieur, le futur. Le cheminement historique et linguistique a donc été le suivant : construire du temps avec les moyens de l’aspect, laisser ensuite la première place à la charge modale caractéristique générale de l’époque future, et spécialement forte en roumain.


29/03/2013
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