Cercle Linguistique d\'Aix-en-Provence

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Salem Chaker, Nexus et prédication en berbère


Salem Chaker, Résumé : Nexus et prédication en berbère

Nexus et prédication en berbère

 

Salem CHAKER

 

 

Présentation

 

On rappellera en introduction que le Syntagme Prédicatif Verbal obéit, en berbère, à la structure suivante :

Ind. Pers.          «        Thème verbal     (+ "Sujet lexical" = explicitation lexicale de I.P.)

y          -           mmut               (umɣar)

il          -           est mort            (vieux)   = « Le vieux est mort »

 

 

I.        Nexus/Prédicat et personne grammaticale

 

Une tendance nette, particulièrement accusée dans certaines variétés de berbère, renvoie probablement à l’origine même de la prédication, voire à l’émergence du verbe en tant que catégorie syntaxique spécialisée dans la fonction prédicative :

L’association d’une forme, lexicale (nominale), adverbiale ou grammaticale (interrogatifs, prépositions, déictiques…), avec une marque personnelle affixe, issue de l’un des paradigmes personnels (suffixes de nom, suffixes de préposition, affixes personnels du verbe) suffit souvent à fonder le statut de phrase indépendante du syntagme résultant :

 

anda-t   umur-iw

Où-le    part-ma                        = « Où est ma part ? »

 

Ulaš-it

Absence-le                                           = « il n’est pas là »

 

Il existe donc une flexion personnelle de prédicats non-verbaux qui sont extrêmement diversifiés.

A travers ces formes prédicatives non-verbales à marques personnelles, on a, en synchronie :

– un cas transparent de genèse d’une conjugaison personnelle,

– une illustration du caractère non essentiellement verbal des conjugaisons personnelles,

– au plan de la diachronie berbère (et afro-asiatique), un indice net du caractère primitivement plurifonctionnel des affixes personnels et de leur autonomie syntaxique ancienne,

– surtout, l’indice d’un lien étroit entre prédication et marque personnelle : la prédication repose ici sur une actualisation par la personne.

 

 

II.      Nexus/Prédicat et deixis

 

Un type de phrase non-verbale particulièrement fréquent et très largement attesté dans la variété des dialectes berbères (notamment : chaoui, kabyle, mozabite, rifain, Moyen-Atlas…), mais connu partout au moins à l’état résiduel, repose sur la structure suivante :

 

d + Nominal ; d = auxiliaire de prédication spécifique (morphème grammatical uni-fonctionnel, d’origine déictique (proximité du locuteur). Nominal = tout nominal libre (substantifs, adjectif, pronom indépendant).

 

Yidir d amaziɣ   = « Yidir (est un) berbère »

 

d Imaziɣən          i         d iməzdaɣən iməzwura n tmurt-a

            d Berbères        que       habitants premiers      de pays-ci = « Ce sont les Berbères qui sont les premiers habitants de ce pays ».

 

            d adfel ass-a                 = « il neige aujourd’hui »

            d neige jour-ci

 

On formulera l’hypothèse que la « nexivité », concept auquel on donnera une valeur englobante large, tend à être fondée sur l’actualisation de n’importe quel élément (lexical ou grammatical) par :

- la personne grammaticale,

- la deixis (proximité du locuteur),

c’est-à-dire, par l’ancrage affirmé/explicité dans l’acte de parole lui-même.

 

Le degré de grammaticalisation (plus précisément de « syntaxisation ») permettant d’établir une échelle allant des « nexus » (« phrases fortement ancrées dans une situation d’énonciation immédiate et souvent accompagnées de marqueurs intonatifs lourds ») au prédicat verbal, qui n’en serait donc que l’aboutissement ultime, non nécessairement lié à une situation de communication immédiate.

 

***

Orientation bibliographique

 

-          BASSET A. : 1952 (1969) – La langue berbère, Londres, I.A.I.

-          BENTOLILA F. : 1981 – Grammaire fonctionnelle d'un parler berbère, Paris, Selaf (Peeters).

-          CHAKER S. : 1983 – Un parler berbère d’Algérie (Kabylie) : syntaxe, Aix/Marseille, Université de Provence/Jeanne Lafitte.

-          CHAKER S. : 1984 – Textes en linguistique berbère. (Introduction au domaine berbère), Paris, CNRS (notamment chap. 8).

-          CHAKER S. : 1995 – Linguistique berbère. Etudes de syntaxe et de diachronie, Paris/Louvain, Editions Peeters.

-          GALAND L. : 1998 – « Le berbère », Les langues dans le monde ancien et moderne, 3partie : Les langues chamito-sémitiques, Paris, CNRS.

-          GALAND L. : 2002 – Etudes de linguistique berbère, Paris/Louvain, Peeters (Publications de la Société de Linguistique de Paris).

-          LEGUIL A. : 1992 – Structures prédicatives en berbère. Bilan et perspectives, Paris, L'Harmattan, 1992.

-          PENCHOEN Th.-G. : 1973 – Etude syntaxique d'un parler berbère (Aït Frah de l'Aurès), Napoli (= Studi Magrebini V).

 

[Un exemplier plus fourni sera distribué lors de la séance.]


19/03/2013
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