Cercle Linguistique d\'Aix-en-Provence

Cercle Linguistique d\'Aix-en-Provence

Romana Timoc-Bardy, Résumé : Espace de la personne et expression de la possession en roumain et dans les langues romanes


Romana Timoc-Bardy, Résumé : Espace de la personne et expression de la possession en roumain et dans les langues romanes


 Romana TIMOC-BARDY :

 

Espace de la personne et expression de la possession

en roumain et dans les langues romanes

 

 

 

 

Résumé

 

Dans les langues romanes, l'expression de la possession est un domaine qui laisse particulièrement entrevoir les rapports sous-jacents entre la personne et son espace. Ces langues connaissent, outre des marqueurs explicites (déterminants ou adjectifs possessifs proprement dits), d'autres marqueurs, « implicites », tels que, notamment, l'article défini et le pronom personnel clitique adverbal dit « datif possessif ». Chaque langue romane utilise ces moyens dans des proportions qui lui sont spécifiques et qui permettent de déduire l'espace qui y est affecté à la personne. L'on constate d'emblée le contraste frappant entre les spécificités des deux langues romanes « extrêmes » : d'un côté le français, réticent à se passer des moyens explicites et limitant en principe le recours au clitique datif à la « possession inaliénable » (parties du corps) ; de l'autre côté le roumain, qui privilégie et généralise les moyens implicites, ce qui, dans cette langue, réduit d'autant l'usage de l'adjectif possessif. Entre ces deux pôles, les autres idiomes romans, dont l'italien, très souvent proche du roumain et, souvent aussi, se rapprochant du français. Nous montrerons que, en roumain, la structure ternaire « Clitique datif + Verbe + Nom (art. déf.) » – où le datif correspond au possesseur et où le nom correspond à l'objet possédé – a un caractère général comme expression neutre, non marquée, de la possession. Elle accepte tout objet possédé et indique ainsi que la distinction aliénable / inaliénable est inopérante dans cette langue, ce qui nous permet de déduire que la relation sous-jacente entre la personne et son espace est de type symbioque. Il ne semble pas non plus y avoir de restriction quant aux verbes utilisés, ce qui mène à des modifications dans les valences verbales, qui se trouvent souvent enrichies. La construction possessive ne tient pas compte du régime initial, « normal », des verbes. Exemple : I-au plecat colegii. (*Lui sont partis les collègues, au sens de Ses collègues sont partis.) L'on se trouve en fait devant une véritable fonction sémantico-grammaticale : « la fonction possessive », par ailleurs récemment reconnue par la Grammaire de l'Académie qui, dans son édition de 2005, a introduit une nouvelle fonction syntaxique : le complément possessif, inexistant auparavant dans la tradition grammaticale roumaine.

 


18/03/2013
0 Poster un commentaire

Ces blogs de Sciences pourraient vous intéresser