Cercle Linguistique d\'Aix-en-Provence

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Christian Touratier, Les Verbes dits auxiliaires


Les Verbes dits auxiliaires, Christian Touratier

Exemplier de l'exposé du jeudi 8 novembre 2012:


Les Verbes dits « auxiliaires » ?

Christian Touratier

 

Le problème qui se pose :

« ...Si la plupart des grammaires sont d’accord pour définir les verbes auxiliaires comme des « outils grammaticaux » ayant perdu leur valeur sémantique propre pour se lier à un autre verbe et former ave lui un ensemble, ils ne le sont pas du tout quant aux verbes qui ont droit à cette dénomination (...) Le critère le plus généralement utilisé est celui de la « sublimation sémantique », à savoir que les verbes auxiliaires subissent une sorte de transformation d’amenuisement de leur sens et c’est par cette transformation qu’ils peuvent accéder à l’auxiliarité (...) Il s’agit là d’un critère vague et subjectif (...) » (WILLEMS, 1969, « analyse des critères d’auxiliarité en français moderne », in : Travaux de linguistique, 1, 87-89)

Il semble bien y avoir un certain accord (une fois n’est pas coutume !) entre les grammairiens sur ce qu’on peut appeler un verbe auxiliaire :

• « Les formes simples comprennent le radical verbal suivi de telle ou telle terminaison. Les formes composées sont constituées par celles du verbe avoir ou être suivies du participe passé du verbe à conjuguer. Dans cet emploi avoir et être sont dits verbes auxiliaires parce qu’ils dépouillent leur sens propre de « posséder » et d’ « exister » pour jouer le rôle de simples éléments formateurs d’un système verbal. (Grammaire de l’Académie française, 1932, p. 96)

Pour mieux souligner certaines nuances de sens, on remplace souvent les formes habituelles de l’indicatif par des périphrases, où l’infinitif du verbe qui exprime l’action ou l’état est précédé d’aller, devoir, venir, pouvoir. Je vais partir indique un futur prochain ; il vient d’arriver, il ne fait que d’arriver, un passé récent ; la chose peut être arrivée, un passé probable ; il doit partir, une nécessité morale ou simplement un futur indéterminé ; il doit encore avoir fait un mauvais coup, une supposition. Employés ainsi, aller, devoir, venir, pouvoir, sont dits auxiliaires de modes. (Grammaire de l’Académie française, 1932, p. 173)

• « LES AUXILIAIRES

159. Définition.

L’auxiliaire est une forme verbale quia perdu sa signification propre et qui sert à exprimer certains modes ou certains temps d’un autre verbe ; on distingue :

  1. Les auxiliaires proprement dits, avoir et être :

J’ai lu. Nous sommes arrivés (formes verbales composées comprenant une forme verbale simple précédée d’un auxiliaire)

  1. Les auxiliaires de temps ou de mode, ou semi-auxiliaires :

Je viens de lire (l’auxiliaire venir de indique un passé proche).

 

161. Les auxiliaires de mode ou de temps.

Certains verbes sont employés comme auxiliaires pour apporter une nuance particulière de mode ou de temps.

Mode Ordre aller Vous allez me refaire cela.

Probabilité devoir Le locataire doit être sorti.

Souhait pouvoir Puissiez-vous venir !

Temps Passé très proche venir de Il vient de partir.

Action que se fait être en train de Je suis en train de lire.

Futur très proche être sur le point de J’étais sur le point de sortir.

Futur proche aller Je vais lui parler.

Futur devoir Je dois partir ce soir.

(J. Dubois, G. Jouannon, R. Lagane, 1961, Grammaire française Larousse, p. 81)

• « Les auxiliaires sont certains verbes employés soit avec le participe passé (comme avoir, être), soit avec l’infinitif (comme faire, devoir, aller, etc.) pour indiquer la catégorie de la voix et celle de l’aspect (v. Chap. 25) » (Jean Dubois, René Lagane, 1973, la nouvelle grammaire du français, p. 112)

« auxiliaire

1. En grammaire traditionnelle et structurale¸ on donne le nom d’auxiliaire à une catégorie grammaticale qui comprend les verbes avoir et être suivi d’un participe passé (avoir vu, être tombé). En français, ils entrent dans la constitution des formes composés des verbes (il a mangé, il est pris, il a été renversé). <...>

On appelle auxiliaires de temps (ou auxiliaires verbaux) les verbes et locutions verbales qui, suivies de l’infinitif, expriment le déroulement ou l’achèvement d’une action, le factitif, l’inchoatif, etc. (v. SEMI-AUXILIAIRES), comme aller, venir de, être sur le point de, etc. On appelle auxiliaires de mode les modaux comme pouvoir et devoir, suivis de l’infinitif (v. MODAL).

2. En grammaire générative, ... » (Dubois, 1973, dictionnaire de linguistique, p. 59-60)

• « 395. - La tradition scolaire, hantée par l’orthographe du « participe passé », agite deux auxiliaires à part entière, leur adjoint sporadiquement deux « semi-auxiliaires », identifie pour le surplus cinq « auxiliaires de mode ».

AUXILIAIRES : avoir/être (+ participe 2)

SEMI-AUXILIAIRES : aller/venir (+ infinitif)

AUXILIAIRES DE MODE : devoir, falloir, pouvoir, savoir, vouloir (+ infinitif).

396.- Sur quelles bases cette sélection ? Le critère sémantique vague de la « perte de sens » ou de la « sublimation » élimine la plupart des « auxiliaires de mode » et rajoute une série de constructions. » (Wilmet, 1997, Grammaire critique du français, p. 316)

Quels pourraient être les critères ?

« 597. L’application de critères formels éviterait d’agglomérer les infinitifs proprement auxiliés et les infinitifs compléments.

Les auxiliaires authentiques sont « transparents » (ils ne peuvent avoir que le sujet de l’auxilié : comp. p. ex. il va pleuvoir et *tu vas pleuvoir). Les auxiliés, eux, récusent peu ou prou leur transformation en sous-phrase (p. ex. Pierre doit marcher ═> *Pierre doit qu’il marche), la pronominalisation en le (p. ex. Pierre va marcher ═> *Pierre LE va), la focalisation en c’est... que (p. ex. *Cest MARCHÉ/MARCHER que Pierre a/va) et la négation soudée (*Pierre a NE PAS mangé/ est NE PAS mort). On en retire donc Il faut marcher et Pierre veut marcher.

Il faut marcher ═>Il faut QUE X MARCHE. Il LE faut. C’est MARCHER qu’il faut. Il faut NE PAS marcher.

Pierre veut marcher est indissociable de p. ex. Pierre veut QUE MARIE MARCHE (transformation infinitive de *Pierre veut QUE Pierre marche rendue nécessaire par l’identité des sujets de la phrase matrice et la phrase enchâssée) et donne aussi Pierre LE veut. C’est MARCHER que Pierre veut. Pierre veut NE PAS marcher.

(Wilmet, 1997, Grammaire critique du français, p. 316-317)

Quel est le statut des auxiliaires ? Sont-ce vraiment des verbes ?

 

Quelle est la liste à retenir des auxiliaires ?

« A côté des auxiliaires principaux avoir et être, qui sont toujours auxiliaires de temps, il faut mentionner certains verbes, appelés parfois semi-auxiiaires, qui construits avec un infinitif, servent à exprimer différentes nuances de temps ou d’aspect, et sont donc tantôt auxiliaires de temps, tantôt auxiliaires d’aspect. Voici les principaux :

1) aller

2) devoir

3) être en passe de, être sur le point de, être près de

4) être en train de, être à, être après à

5) être loin de

6) être pour : Son père n’est pas pour mourir

7) faillir, manquer de

8) faire sert à former une périphrase factitive, de sens causatif

9) laisser

10) paraître, sembler

11) passer pour

12) pouvoir

13) sortir de : sortir de dîner (Ac.)

14) venir à, venir de

15) vouloir La blessure semblait vouloir se fermer » (Grevisse, 19597, p. 567-570)

Avec en plus dans Grevisse, 199313: i) partir à, se prendre à, k) risquer de, l) savoir o) se voir sert d’auxiliaire du passif avec le participe passé ou l’infinitif


18/03/2013
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