Cercle Linguistique d\'Aix-en-Provence

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Séminaires 2005-2006 : La qualification – point de vue syntaxique


Discussions

DISCUSSION DES EXPOSES

 

 

A propos de "Les 'adjectifs qualificatifs' des créoles français : questions de syntaxe et de sémantique" de Daniel Véronique (12/01/2006)

Christian Touratier

.... A cause de nos langues indo-européennes, qui sont des langues à morphologie plus ou moins forte, on est facilement tenté d’accorder une certaine priorité ou importance à la morphologie. Mais les notions d’adjectif, comme celle de verbe, de nom et d’adverbe par exemple, représentent des catégories syntaxiques, qui doivent donc être définies avant tout en termes de fonctionnement syntaxique. Les particularités morphologiques sont certes plus facilement visibles que les particularités syntaxiques, mais elles ne sont pas essentielles pour définir une catégorie syntaxique. Il est commode par exemple d’opposer les verbes aux noms et adjectifs, dans une langue à très forte morphologie comme le latin, en disant que les verbes sont des unités syntaxiques qui se conjuguent, c’est-à-dire qui se combinent avec un certain ensemble de segments morphologiques que l’on appellera désinencs verbales, et que les noms et les adjectifs sont des unités syntaxiques qui se se déclinent, c’est-à-dire qui se combinent avec un autre ensemble de segments morphologiques qu’on appellera désinences casuelles. Et l’on pourra alors distinguer les adjectifs des noms, en disant que les noms sont les lexèmes qui n’ont qu’une seule déclinaison, et les adjectifs, ceux qui en ont au moins deux et au plus trois différentes. De fait, les noms ont un seul genre, et les adjectifs en ont ou deux ou trois. Mais la présence de ces caractéristiques morphologiques n’est pas décisives, même en latin. De fait, les grammairiens sont tout à fait capables de dire qu’un mot invariable comme fas est un nom neutre. Ils ont raison, parce que ce lexème fonctionne comme un nom, c’est-à-dire peut être le sujet ou l’objet d’un verbe, ou encore peut être coordonné à un complément d’objet. 
.... Le problème de l’identification des catégories syntaxiques a surtout été posé, dans le passé, à propos de l’opposition verbo-nominale : on se demandait si telle ou telle langue distinguait les verbes des noms. Claude Hagège a posé la question de savoir si le comox lhaamen avait des noms et des verbes, alors que morphologiquement rien ne semblait distinguer ces deux sortes d’unités linguistiques. Il a justement conclu en disant que même si la morphologie n’aidait pas, on était obligé de distinguer deux classes de lexèmes, parce qu’«il existe une différence considérable entre l’aptitude des uns et l’aptitude des autres à fonctionner comme prédicat” (Hagège, 1981, Le comox lhaamen de Colombie britannique, 51). Ceci amène à définir fonctionnellement “les verbes comme des morphèmes lexicaux qui ont vocation à servir, dans un énoncé à un ou deux lexèmes, d’apport informatif, et les noms comme des morphèmes qui ont vocation à servir de support informatif” (Touratier, 2002, Morphologie et morphématique. Analyse en morphèmes, Publications de l’Université de Provence, 86). 
.... De la même façon, c’est au niveau du fonctionnement qu’on reconnaîtra les adjectifs, quand on n’a pas la chance ou le hasard d’avoir, comme en créole, une petite particularité morphologique qui leur est propre. Claude Hagège disait, à propos des adjectifs en comox lhaamen : “Il s’agit d’un type de lexèmes capables, comme les noms et les verbes de fonctionner comme prédicat. Ils se distinguent des verbes sur deux points : d’une part, quoique la fonction prédicat soit leur fonction la plus fréquente, ils y sont moins souvent attestés que les verbes ; d’autre part, leur seconde fonction, celle d’expansion antéposée de nominal, où leur emploi, il est vrai, subit une restriction, est inconnue des verbes” (Hagège, 1981, 52). 
.... Autre remarque concernant là aussi la morphologie. Si on a une bonne définition de la morphologie, on ne peut pas dire qu’une langue comme le créole qui est obligé de dire au pluriel liv-la-yo, et qui ne peut pas dire par exemple *la-liv-yo est une langue sans morphologie. Par bonne définition de la morphologie, j’entends non pas celle que Martinet a pu donnée dans ses Eléments de linguistique générale, où la morphologie a pour simple objet “l’étude des variantes de signifiant” (Martinet, 19672, 106). Martinet a proposé une définition plus large et bien meilleure dans un des Annuaires de l’Ecole pratique des Hautes études, où il résumait son cours de l’année : “La syntaxe <…>ne saurait traiter de la position respective des éléments de l’énoncé lorsque celle-ci ne fait pas l’objet d’un choix du locuteur parce qu’elle est déterminée par l’usage ou qu’elle n’affecte pas la nature des relations entre les éléments de l’énoncé <…>. Tout ceci ressortit à la morphologie qui peut donc être définie comme le chapitre de la grammaire qui traite de l’ensemble des faits formels non pertinents de la première articulation du langage, qu’il s’agisse de faits relatifs au choix de phonèmes, de prosodèmes ou de positions respectives” (Martinet, 1972, 556). Que l’article défini précède en français le nom, ou qu’il le suive en roumain sont des faits de morphologie, puisque le locuteur n’a aucun choix. Même chose donc en créole.

 

A propos de "Existe-t-il une qualification par "complétive": le cas des énoncés tels que:"il y a des gens que tout est toujours mal fait" en français parlé. Comparaison avec d'autres cadres syntaxiques de la qualification" de José Deulofeu (09/02/2006)

Paul Garde.

Paul Garde se réfère ici seulement à la première partie de l'exposé (A, notamment 1.4 "structures mixtes"), la seule qui figurait dans le résumé envoyé à l'avance. 
Les faits relevés en français parlé sont passionnants, et l'analyse stimulante. Il sera pourtant en désaccord avec la terminologie employée. Peut-on appeler "complétives" toutes les "constructions verbales à verbe conjugué précédées de que" ? Cela revient à définir les unités syntaxiques seulement par les outils morphologiques utilisés. Pour lui, chaque unité syntaxique doit être définie par sa fonction, ce qui est le seul moyen de permettre des confrontations typologiques entre plusieurs idiomes (même entre "français parlé" et "français standard"), indépendamment des hasards de la morphologie de chaque langue. 
La relative ne se définit pas par le relatif, ni la complétive par que, mais : 
- la relative comme qualifiant un nom 
- la complétive comme actant d'un prédicat. 
De ce point de vue, tous les exemples donnés sous 1.4 (ex. 1 à 5 de l'exemplier = 6 à 10 du résumé) contiennent des relatives, quel que soit l'outil morphologique employé : un mot invariable comme dans tous ces exemples (que), ou dans de nombreuses langues (voir ci-dessous) ; ou un relatif "classique", variable, comme en français standard, latin, etc. ; ou aucun outil, comme dans le type anglais the man you met. 
La particularité du corpus présenté ici, c'est qu'on y voit à l'ouvre simultanément deux procédés distincts, dont l'un existe aussi dans certaines langues, l'autre dans certaines autres, mais qui sont rarement réunis, et dont aucun n'est présent en français standard. Ce sont : 
1° la dissociation des deux fonctions du relatif 
2° le relatif placé dans la subordonnée d'un ensemble relatif complexe
I- Dissociation du relatif 
(NB. : "dissociation" en prenant comme point de départ conventionnel le relatif "classique" ; on pourrait aussi bien dire, en sens inverse, que ce dernier procède d'une "association". Mais l'ordre choisi correspond à l'évolution historique observable dans de nombreuses langues). 
C'est un phénomène bien connu. Le relatif "classique" associe deux fonctions simultanées : subordination et anaphore, réunies dans un seul mot, le pronom relatif. Il y a dissociation quand ces deux fonctions sont remplies par deux mots différents : la subordination par un mot invariable du type que, appelé quelquefois relativum generale (RG) ; l'anaphore par un pronom personnel. Ce phénomène est très répandu dans de nombreuses langues.
(sauf indication contraire, les exemples sont tirés de grammaires courantes. 
En majuscules : le relatif en deux parties : RG + pronom personnel)
Serbo-croate (RG : što
(1) Ono mi je kuca ŠTO pred NJOM visi cutura "Ma maison est celle devant laquelle est suspendue une gourde" (qu'une gourde est suspendue devant elle) 
(2) To je covjek ŠTO sam s NJIM putovao. "C'est l'homme avec qui j'ai voyagé" (que j'ai voyagé avec lui)
Polonais (RG : co
(3) ten czlowiek, COš GO widzial "cet homme que tu as vu" (que tu l'as vu) 
(4) ta chalupa, CO o NIEJ pan mówi "cette chaumière dont vous parlez" (que vous en parlez) 
(5) figurka, CO to JÃ mozno sto razy widziec, a nie poznac "une personne qu'on peut voir cent fois et ne pas reconnaître" (qu'on peut la voir)
Grec moderne (RG : pou
(6) o anthropos POU vrethika konda TOU "l'homme près de qui je me suis trouvé" (que je me suis trouvé près de lui) 
(7) to pedhi POU idha ti mitera TOU "l'enfant dont j'ai vu la mère" (que j'ai vu sa mère) 
(8) Dhen ime gho o Yorghos sou - POU MOU leyes to pono sou (chanson populaire) "Ne suis-je pas ton Georges à qui tu disais ta peine" (que tu me disais)
Provençal (RG : que
9) Lagalanto, aquèu fort QUE SOUN noum de segur – es couneigu de vosto auriho (Mistral) "Lagalante, cet athlète dont le nom à coup sûr est connu de votre oreille" (que son nom est connu) 
(10) de causo QUE N'aven besoun "des choses dont nous avons besoin" (que nous en avons besoin)
Persan (RG -ke
(11) pesariKE shomâ bâ U sohbat kardîd (le-garçon-que vous avec lui conversation fîtes) "le garçon à qui vous avez parlé"
Partout le RG vient d'un mot signifiant "quoi", sauf en grec où son sens ancien était "où". La tendance à la dissociation du relatif est présente dans de nombreuses familles de langues i-e, mais certaines langues standard, aux normes plutôt conservatrices, y sont réfractaires : le russe et le français. La langue parlée, dans les deux cas, outrepasse ces restrictions. En russe, elle a recours parfois à la suppression complète du relatif. En français, elle utilise largement le RG, comme on le voit dans le corpus de J. Delofeu.
II- Relatif dans subordonnée d'ensemble relatif complexe 
Il peut arriver que la relative, qualifiant un nom, soit en réalité un ensemble complexe, comprenant lui-même une "principale" et une subordonnée ; et que le relatif, qu'il soit associé (relatif "classique") ou dissocié (RG + pronom), soit placé dans la subordonnée. 
Il y a alors trois propositions : a : "principale" ; b+c = ensemble relatif ; b : partie "principale" de l'ensemble relatif ; c = subordonnée de l'ensemble relatif, contenant le relatif (associé ou dissocié). 
Cette tournure se rencontre couramment en latin, avec relatif associé, et en français parlé (corpus Deulofeu) avec relatif dissocié. En revanche elle est refusée par la norme française actuelle, malgré quelques emplois chez les classiques, qui ne seraient plus guère admis aujourd'hui. 
C'est pourquoi les exemples latins se traduisent très facilement en français parlé et réciproquement, mais les uns et les autres ne passent en français standard qu'au prix de difficiles contorsions.
Latin (d'après Riemann) 
(12) (a) Noli adversus eos me velle ducere, (c) cum quibus ne contra te arma ferrem (b) Italiam reliqui (Corn. Nepos) 
(trad. m. à m. Riemann) "(a)Ne cherche pas à m'entraîner dans la guerre que tu fais à des gens (c) auxquels pour ne pas m'associer dans leur lutte contre toi (b) j'ai quitté l'Italie " 
(essai trad. fr. littéraire) "Ne cherche pas à m'entraîner dans la guerre que tu fais à des gens auxquels je n'ai pas voulu m'associer dans leur lutte contre toi, ce qui m'a fait quitter l'Italie" (essai trad. fr. parlé) "Ne cherche pas à me faire battre contre des gens QUE c'est pour pas me mettre avec EUX contre toi que je suis parti d'Italie" 
(13) (a)Nolo hunc existimare ea me suasisse Pompeio, (c) quibus iste si paruisset, (b) hic (Caesar) tantas opes quantas nunc habet non haberet (Cicéron) (m à m.) "Je ne veux pas qu'il croie que j'ai donné à Pompée des conseils que si celui-ci avait écoutés, César n'aurait pas toute la puissance qu'il a maintenant" 
(fr. litt.) ".des conseils qui, s'il les avait écoutés, auraient empêché César d'avoir toute la puissance qu'il a maintenant" 
fr. parlé) "(a) des conseils (c) QUE, s'il LES avait écoutés, (b) César n'aurait pas. "
Français (d'après Grevisse) 
14) (a) Cet enfant sans parents (c) qu'elle dit (b) qu'elle a vu (Racine) 
(puriste) qu'elle dit avoir vu 
("parlé") qu'elle dit qu'elle l'a vu. 
(15) (a) Ce fut la vengeance qu'on crut qu'un tel discours méritait (La Fontaine) 
(puriste) "que méritait, pensa-t-on, un tel discours" 
("parlé") "qu'on a trouvé que cette façon de parler la méritait" 
(16) (a) Une feuille (c) qu'on dit (b) qui paraît toutes les semaines (Voltaire) 
(puriste) "qui paraît, dit-on" ou "dont on dit qu'elle paraît" 
(parlé) "qu'on dit qu'elle paraît"
Corpus de français parlé (Deulofeu) 
(17) (a) des vierges (c) QUE quand tu LES retournes,(b) la neige se met à tomber 
(standard) "des vierges ainsi faites que quand tu les retournes, la neige se met à tomber" (latin ?) "virgines, quas ubi convertis, nix cadere incipit" 
(18) (a) il y en a (c) QUE si tu LEUR parles (b) ils comprennent de suite 
(standard) "il y en a qui comprennent tout de suite si tu leur parles" ou "il y en a à qui tu n'as qu'à parler, ils comprennent tout de suite" 
(latin ?) sunt homines, cum quibus si loqueris, subito intelligunt 
(19) (a) il y a des interventions. (c) QUE tu EN discutes avec ceux qui ont fait l'intervention avec toi (b) tu te rappelles l'accident à tel endroit. 
(standard) "des interventions à propos desquelles, en discutant, tu te rappelles." 
(latin ???) "acta, de quibus si loqueris, reminiscis."
Conclusion : le latin jouait avec aisance du relatif associé, et pouvait l'introduire dans des structures complexes. Le français standard, en refusant l'évolution naturelle vers la dissociation du relatif (ce qui l'oblige à accumuler les dont, auquel, par lequel etc., tous sentis comme lourds) s'interdit ces acrobaties, tandis que le français parlé les pratique aisément grâce précisément à la dissociation du relatif. Ces rapprochements supposent une définition fonctionnelle, et non morphologique, des unités en cause.

11/06/2013
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Elodie Vargas, Article : Qualification et reformulation appositives en allemand

Lire l'article : travaux_22_qual_elodie_vargas.pdf


11/06/2013
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Elodie Vargas, Résumé : Qualification et reformulation appositives en allemand

Elodie Vargas (U. Stendhal Grenoble 3, EA 3553, CELTA) :

Qualification et reformulation appositives en allemand

Cette contribution se propose d’étudier la qualification et la reformulation intratextuelle en liaison avec l’apposition. Une définition de l’apposition (aussi précise que possible, au regard de tout ce qui a été écrit sur le sujet...) et une étude de celle-ci permettront de mettre en regard, notamment du point de vue morpho-syntaxique, qualification et reformulation intratextuelle afin de souligner leurs similitudes et leurs différences. Les notions de coréférence et de prédication seront aussi interrogées afin de définir les liens qu’établissent, d’une part, l’opération de qualification et, d’autre part, la reformulation intratextuelle entre l’apposé et la base nominale. Nous verrons ainsi que  les relations à la base de la qualification et de la reformulation quand les deux sont appositives sont radicalement différentes. Nous soulignerons rapidement dans un dernier temps les différences formelles visibles alors.


11/06/2013
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Françoise Douay, Article : Les qualifications antagonistes, du type "Vos héros sont des assassins" : usages, histoire, problèmes théoriques

Lire l'article : travaux_22_qual_douay.pdf


11/06/2013
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Françoise Douay, Résumé : Les qualifications antagonistes, du type "Vos héros sont des assassins" : usages, histoire, problèmes théoriques

Françoise Douay :

Les qualifications antagonistes, du type "Vos héros sont des assassins" : usages, histoire, problèmes théoriques

 

En fait de qualification, il s’agira cette fois de qualification des faits, au sens où l’entend, dans les domaines judiciaire, politique et moral, la tradition rhétorique puis praxéologique : Hélène a quitté le royal domicile conjugal en compagnie de Pâris ; le fait est avéré, mais de quoi s’agit-il ? d’un enlèvement ou d’une fugue ? chacune de ces deux qualifications antagonistes sert prioritairement l’intérêt de l’un des deux camps rivaux et la qualification mise en avant légitimera ou non la guerre de Troie. Autre cas débattu dès l’aube de la réflexion grecque sur le langage et ses pouvoirs (Prodicos, Protagoras, l’Aristote de la Rhétorique) : Oreste doit-il être condamné comme meurtrier de sa mère ou acquitté, voire loué, comme vengeur de son père ? dans ce second cas, contrairement au premier, la médiation d’un tribunal a tranché, mais que l’antagonisme ait trouvé ou non une résolution institutionnelle n’empêche pas la réflexion morale d’y revenir et de le méditer comme conflit de valeurs.

Si la description des faits, exacte ou erronée, relève de la tradition logique puis scientifique du Vrai et du Faux dont la recherche du terme exact pour tel référent est le corrélat sémantique, la sémantique de la qualification des faits s’intéresse plutôt, dans une gamme de para-synonymes applicables au même référent, à la valeur associée à chacun des termes –positive pour les mélioratifs, négative pour les péjoratifs- ainsi qu’aux échelles de gradation intensive. Mais la différence essentielle tient au caractère idéalement unique de la description exacte alors que la multiplicité potentielle des qualifications –en tant qu’elles expriment des points de vue conflictuels- est au fondement même de la pensée démocratique athénienne : dans les analyses antiques de l’opinion, doxa (Hermagoras, Hermogène), quatre cas de figures sont envisagés selon que l’opinion exprimée s’accorde avec l’opinion dominante ou s’y oppose (endoxos/paradoxos), intervient dans le champ d’une opinion partagée ou pas encore formée (amphidoxos/adoxos), le terrain du débat étant par excellence celui de l’amphidoxal.

Si ces catégories d’analyse du discours, surtout public, transcendent les langues, sinon les cultures, leurs traces dans les langues comportent souvent l’explicitation des pronomsdésignant différentiellement les sous-groupes d’opinions en conflit dans la communauté parlante : Vos héros sont des assassins ; souvent accompagnés d’un verbe épilinguistique : Vousappelez ça de l’éclectisme ? moi j’appelle ça du dilettantisme ! ; mais l’essentiel est dans la co-présence syntagmatique des deux qualifications, parfois neutre et marquée, le plus souvent méliorative et péjorative : Vos héros sont des assassins ; Aujourd’hui les pirates se donnent le nom d’armateurs. Or ces deux qualifications sont « en langue » (la langue se construisant au XVIIIe siècle comme système de termes exacts) mutuellement exclusives : la mise en scène discursive des deux qualifications antagonistes nécessairement soutenues par deux locuteurs différents est de type dialogique ou polylectal (faudrait-il dire polydoxal ?). Sporadiquement, dans l’Athènes antique, la République romaine, les villes libres médiévales, la Révolution française, cette figure est distinguée sous le nom de paradiastole ; mais elle redevient innommable (métaphore ? euphémisme ? antithèse ?) dès lors que la pluralité des voix n’est plus focalisée.

Nous fournirons plusieurs textes longs (Saint François de Sales, Corneille, Molière, Jules Ferry), développant cette forme linguistique spécifique et proposerons un schéma d’analyse qui tente de clarifier la manière dont se tiennent en une même langue plusieurs langages.


11/06/2013
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