Cercle Linguistique d\'Aix-en-Provence

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Séminaires 2003-2004 :Organisation informative et structuration syntaxique de l'énoncé


José Deulofeu, La structure informationnelle comme composante interprétative des structures syntaxiques

José Deulofeu :

La structure informationnelle comme composante interprétative des structures syntaxiques

L’hypothèse qui sera défendue ici est que la structure informationnelle ne doit pas être conçue comme une béquille de l’analyse syntaxique, permettant de rendre comte d’un certain nombre de structures syntaxiques non conformes au schéma canonique de la phrase centré autour d’un prédicat. Ainsi pour le français, on a pu avancer que :
      a) Ma mère je la vois
      b) Je vois ma mère 
résultait d’un détachement de l’objet ma mère à partir de ma mère je la vois à des fins d’organisation de l’information : faire du constituant détaché le thème de l’énoncé, en quelque sorte malgré la syntaxe de rection.

En face de cette position, un certain nombre d’approches ont contesté que l’énoncé a) soit syntaxiquement relié à l’énoncé canonique correspondant. Ces approches, qui font suite à l’opposition suggérée par Meillet entre syntaxe de rection et parataxe, reprise par Bally (syntaxe liée / syntaxe segmentée) et Perrot (syntaxe de l’énoncé comme phrase et comme message), posent que la syntaxe des langues est constituée de deux modules irréductibles dont l’interaction produit les structures considérées comme détachées, non canoniques…

Ces deux modules sont constitués d’unités distinctes (unités significatives / unités communicatives) organisées par des relations de nature différente (recteur- régi /support –apport ou préfixe –noyau). Il est possible de généraliser en disant que la forme des énoncés est le produit de l’interaction de deux types de syntaxe : la syntaxe des constructions grammaticales et la syntaxe des énonciations. Ceci revient à dire que les énoncés a) et b) ne constituent pas une classe naturelle de faits linguistiques. Au contraire les énoncé suivants constituent une classe naturelle d’énoncés, ceux qui présentent une structure Préfixe-noyau :
      Ma mère je la vois
      Ma mère il y a beaucoup à dire
      Ma mère c’est de la moquette
      Ma mère bof
      Franchement c’est nul
      Puisque tu veux tout savoir il est parti

Dans ce cadre, la structure informationnelle ne produit pas des formes syntaxiques, mais doit être considérée comme une composante interprétative des formes produites par les deux syntaxes. Cette hypothèse est explicitée dans l’exposé et ses résultats utilisés pour analyser des énoncés tirés de corpus de langue spontanée.


22/02/2014
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Sibylle Kriegel, Organisation informative et interaction entre rôles sémantiques et syntaxiques en créole oral

Sibylle Kriegel :

Organisation informative et interaction entre rôles sémantiques et syntaxiques en créole oral

Dans beaucoup de langues européennes, la première fonction de la diathèse passive est l’omission d’un agent. Il n’est pas étonnant que la grande majorité des formes passives ne comprennent pas de complément d’agent. Dans les rares cas avec expression de l’agent, la forme passive permet de modifier l’organisation informative, plus précisément d’établir un ordre thème-rhème conforme.

En créole mauricien oral, l’expression de l’agent peut parfaitement être omise par l’emploi d’une construction avec un sujet Ø. Le locuteur n’a donc pas besoin d’avoir recours à des constructions syntaxiquement plus complexes comme les formes passives. Si nous sommes quand même en présence de constructions que j’appelle passives, donc codage du patient comme sujet, celles-ci ne peuvent s’expliquer qu’en référence à l’organisation informative d’un texte: ces constructions, peu importe si l’agent est exprimé ou pas, permettent de coder un thème dans la position qui lui convient dans l’ordre non-marqué, la position initiale. La fonction de ces constructions correspond donc à celle des passifs avec expression de l’agent dans les langues européennes.


22/02/2014
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Marguerite Guiraud et Irina Mikaelian, Les éléments perturbateurs de la structure syntaxique de l’énoncé en russe

Marguerite Guiraud et Irina Mikaelian :

Les éléments perturbateurs de la structure syntaxique de l’énoncé en russe

 

Le russe est une langue à morphologie riche ce qui l’autorise à marquer les fonctions syntaxiques par l’emploi des morphèmes grammaticaux appropriés, notamment par les désinences casuelles. Par conséquent, son ordre des mots, réputé souple, est libre des contraintes morpho-syntaxiques et ne sert, en principe, qu’à l’organisation informative de l’énoncé. D’après la terminologie consacrée, la première partie de l’énoncé constituera son thème et portera sur l’information déjà connue et la seconde, son rhème, l’information nouvelle. Le découpage exact en éléments connus et nouveaux sera fait en fonction de chaque contexte.

Le but de notre exposé n’est pas d’explorer ces multiples virtualités, déjà largement étudiées par les linguistes russes, mais de montrer que, malgré les vastes possibilités de modifier la linéarité de l’énoncé pour moduler la communication, certaines informations requièrent non seulement une modification de l’ordre des mots relevant de l’analyse actuelle, mais également celle de la structure morpho-syntaxique de l’énoncé. Nous parlerons dans ce cas précis, en suivant une suggestion de Mel’čuk, de focalisation.

Ce phénomène peut être étudié sur quelques variantes de la phrase d’existence en russe, notamment sur la construction quantitative et la construction possesive.

Après un bref rappel des caractéristiques de la phrase d’existence en russe, nous nous proposerons d’étudier ces deux types de constructions.


22/02/2014
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Renaud Méry, Thématisation, opérations prédicatives et opérations énonciatives

Renaud Méry :

Thématisation, opérations prédicatives et opérations énonciatives

L’exposé analysera quelques problèmes concernant ce que l’on coutume d’appeler la thématisation, dans le cadre de la théorie des opérations prédicatives et énonciatives d’Antoine Culioli, laquelle se présente comme une tentative de modélisation de l’activité de langage, qui implique

·  un partenariat entre un énonciateur et co-énonciateur (c’est, si l’on veut, une interactivité) ;

·  la production et la reconnaissance d’énoncés. La production fait passer d’opérations mentales inaccessibles à ces agencements de marqueurs (i.e. traces d’opérations) que sont les textes oraux ou écrits. La reconnaissance consiste à tenter de reconstruire les opérations à partir des marqueurs. Au niveau dit métalinguistique, il s’agit de simuler la relation (complexe, non bi-univoque) entre opérations et marqueurs.

La théorie choisie pour cette simulation est la théorie des repères, ainsi définie :
“ L’observation minutieuse de langues variées et la théorisation de phénomènes en apparence éloignés, m’a amené à poser une relation fondamentale appelée : relation de repérage, construite par l’opération élémentaire primitive dite opération de repérage. Le concept de repérage est lié à celui de localisation relative et à celui de détermination. […] Lorsque, à l’intérieur d’un système de référence un terme x est repéré par rapport à un terme y, l’opération fournit à x une valeur référentielle (détermination d’une propriété) qu’il ne possédait pas auparavant. […] L’idée fondamentale est qu’un objet n’acquiert de valeur déterminée que grâce à un système de repérage ”.

Dans un tel cadre, ce que l’on a coutume d’appeler thème est analysé comme un variété particulière de repère (un repère est, de ce point de vue comme de bien d’autres, quelque chose par rapport à quoi on se situe, qui sert de point de référence). Il convient cependant de distinguer ici deux choses :

·  ce qui sert de repère au niveau prédicatif, que l’on appelle terme de départ de la relation prédicative ;

·  ce qui sert de repère au niveau énonciatif, que l’on appelle repère constitutif de l’énoncé, ce dernier étant soumis à des conditions bien précises de stabilité référentielle.

Au niveau prédicatif, il convient en outre de distinguer le terme de départ du premier argument, qui est ce dont la relation prédicative sert à prédiquer quelque chose. Le premier argument de la relation prédicative peut être

·  soit le premier terme de la relation primitive, appelé notion source, et qui sera l’agent dans le cas d’une relation agentive,

·  soit le deuxième terme de la relation primitive, appelé notion but, et qui sera l’objet affecté ou effectué dans le cas d’une relation agentive.

L’actif prototypique fera coïncider la notion source, le premier argument, et le repère prédicatif. Le passif, lui, fera coïncider la notion but, le premier argument, et le repère prédicatif. Mais, comme on peut s’y attendre, bien d’autres configurations sont possibles.
A ceci s’ajoutent des complications supplémentaires, entre autres la possibilité d’
intrication d’une relation dans une autre (e.g. expression du bénéficiaire ou de l’instrument).

Lire l'exposé au format pdf. : travaux_21_struct_renaud_mery.pdf


22/02/2014
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Pierre-Yves Dufeu, La "séquence injonctive" en ancien français

Pierre-Yves Dufeu :

La "séquence injonctive" en ancien français

La prise en compte d’analyses morphologique, lexico-sémantique et syntagmatique de données de l’ancien/moyen français et du français classique, nous a permis de mettre au jour un continuum systématique qui relie l’interjection, l’impératif et la prédication, cette dernière définie comme le lien explicitement réalisé entre un sujet et un prédicat verbal. Nous nous proposons ici de reconnaître à partir de là trois unités syntaxiques fondamentales : l’interjection, le syntagme verbal impératif et la prédication, afin de rendre compte d’une éventuelle syntaxe extra-syntagmatique ou extra-propositionnelle. Cette enquête se fondera sur l’hypothèse d’une unité supérieure de l’énoncé, la séquence informative, et nous y étudierons un cas particulier, la séquence injonctive.

Deux questions se posent à propos des rapports entre la séquence injonctive et ses constituants, en particulier :

1.     De quels éléments se compose dans le plan signifiant la séquence injonctive ?

2.     Peut-on dire que ces éléments entretiennent entre eux des rapports organisés, autrement dit qu’il existerait une macrosyntaxe de l’injonction ?

La prise en compte du matériau philologique nous conduira ainsi à reconnaître à l’interjection, mais aussi à l’apostrophe, une fonction précise dans le cadre de la séquence injonctive. Restera à rendre compte des rapports du syntagme impératif et de la prédication à ce cadre supérieur qu’est la séquence injonctive. Si l’on ne peut pas tout à fait parler de macrosyntaxe de la séquence injonctive (du moins avec le degré de fermeté qu’on prête au mot « syntaxe » dans un cadre propositionnel par exemple), on verra en revanche que les faits présentent un certain nombre de phénomènes récurrents qui méritent sans doute de retenir l’attention du linguiste.

Lire l'exposé au format pdf. : travaux_21_struct_pierre-yves_dufeu.pdf


22/02/2014
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